Théâtre Amer

Création 2023

L’ESPECE HUMAINE

d’après L’Espèce humaine de Robert Antelme, 
La Douleur
de Marguerite Duras
et Autour d’un effort de mémoire de Dionys Mascolo
Mise en scène : Mathieu Coblentz
Collaboration artistique : Vincent Lefèvre
Dramaturgie : Marion Canelas
Création sonore : Simon Denis
Création lumière : Victor Arancio
avec Mathieu Alexandre, Florent Chapellière, Vianney Ledieu, Camille Voitellier et Jo Zeugma

Production déléguée : Théâtre national populaire – CDN de Villeurbanne. 
Coproduction : Théâtre de Cornouaille – Scène nationale de Quimper ; Espace Marcel Carné – Saint-Michel-sur-Orge ; Le Canal, Théâtre du pays de Redon, scène conventionnée d’intérêt national ; Théâtre André Malraux de Chevilly-Larue ; (en cours…). 
Avec le soutien de L’Archipel, pôle d’action culturelle de Fouesnant.

Création au Théâtre national populaire – CDN de Villeurbanne en janvier 2023

Durée envisagée : 1h40

Edward Hopper, Nighthawks (Oiseaux de nuit), 1942

A l’origine de ce spectacle, il y a L’Espèce humaine de Robert Antelme. Récit, poème, essai, témoignage essentiel dont chaque page est la vie même, arrachée, préservée et comme sauvée de l’enfer. Au départ, il y a le besoin de chanter l’épopée d’un revenant. Le besoin de replonger dans le chaudron du XXe siècle pour éclairer le présent. Pas uniquement par un voyage dans les cercles de l’enfer, pas seulement pour dire l’enfermement concentrationnaire.

Dire le retour, le regard, le silence, dire l’effroi des vivants face à cet Orphée mourant.
Le projet est de reconstituer grâce aux récits de deux proches, Dionys Mascolo et Marguerite Duras, l’absence de Robert, l’attente, l’engrenage des événements infimes et gigantesques ayant conduit à son retour, à sa « résurrection » jusqu’à l’écriture de L’Espèce humaine. Trois textes ou fragments de textes – avec, au plateau, cinq artistes : trois acteurs et deux musiciens – pour dire le sauvetage d’un homme et de l’œuvre majeure qui naîtra de cette traversée concentrationnaire ; dire l’extraordinaire récit, à la fois réel et mythologique, d’un homme bon confronté au mal absolu, d’un penseur subissant l’impensé, d’un poète revenu de l’enfer.

Donner à entendre, à rêver, à sentir la puissance de l’affirmation de Robert Antelme que l’être humain ne se catégorise pas, ne se hiérarchise pas, qu’il est et sera toujours l’être humain. Et que ceux qui le nient aujourd’hui préparent les camps de demain, comme ceux qui l’ont nié hier font les camps contemporains.

Il s’agit peut-être surtout de chanter la puissance de l’Amitié, de ces liens de fraternité et d’amour qui permettent à l’homme de se sauver, d’être sauvé de son propre enfer. Cette histoire vaste et puissante est aussi celle du sauvetage d’un homme par sa femme et son meilleur ami qui, après la douleur et l’angoisse de l’attente, vont déployer tous leurs moyens pour le ramener à la vie.

A partir de trois textes – Autour d’un effort de mémoire de Dionys Mascolo, La Douleur de Marguerite Duras et L’Espèce humaine de Robert Antelme –, nous racontons une histoire. Nous construisons un récit unique en puisant dans ces trois sources. Auxquelles s’ajoute une quatrième : le Requiem de Mozart déroulé entièrement et en quelque sorte recomposé. Ce fil musical nous place dans la cérémonie, dans le rituel, et nous permet de hisser le récit à une hauteur mythologique.

La scénographie 

Nous sommes dans un espace contemporain susceptible d’évoquer le camp, la route, l’usine, l’église et le poêle, le baraquement, le retour en voiture, un bistrot sur la route, autant que le 5, rue St-Benoît à Paris. Sans être dans la recherche d’une représentation réaliste mais plutôt de correspondances poétiques, d’associations libres laissant toute sa place à l’imagination du spectateur. Notre projet scénographique est très simple. Il part d’une intuition. Que la disparition progressive du visage humain dans la peinture du début du XXe siècle avec les futuristes, les cubistes, l’abstraction, est directement liée à l’apparition d’une conception industrielle et concentrationnaire de l’humanité. A la manière de l’humanisme renaissant d’un Arcimboldo, nous allons recomposer à partir de différents éléments un visage humain. Nous disposons au plateau quatre solitudes, quatre espaces distincts à des hauteurs différentes, composés comme les pièces d’un appartement à des époques diverses. 

A cour, à trois mètres du sol et comme suspendu, dans son salon : l’œil Marguerite, sur un plateau basculant luttant contre la gravité pour ne pas chuter. (La comédienne Camille Voitellier est aussi circassienne accomplie.) En symétrie, à jardin, partant du sol puis montant grâce à des tampons de scène pour rejoindre l’altitude de Marguerite : l’œil Dionys, dans sa bibliothèque, dont les livres se déploient pour former une vaste chevelure. Au centre, une voiture, une 4CV, comme une bouche avec, à l’intérieur, Robert, qui parle. Au fil du récit, la voiture se disloque, des éléments décollent dans l’espace, formant une oreille, un morceau du cou, pour se fixer en l’air comme dans une image d’explosion arrêtée. Au centre lointain, au-dessus de la voiture : le nez, composé par une petite cuisine qui pourrait être dans le ghetto de Varsovie avec réchaud et conduit, abritant les deux musiciens. Peut-être ne reconnaîtrons-nous pas ce « visage » ! Qu’importe, c’est pour nous un secret de fabrication et un objet d’une grande force poétique.

Giuseppe Arcimboldo, L'Air, 1566