Théâtre Amer

L’ESPECE HUMAINE

Douleur et Mémoire

d’après L’Espèce humaine de Robert Antelme, 
La Douleur
de Marguerite Duras
et Autour d’un effort de mémoire de Dionys Mascolo
Mise en scène et scénographie : Mathieu Coblentz
Collaboration artistique : Vincent Lefèvre
Dramaturgie : Marion Canelas
Création sonore : Simon Denis
Création lumière : Victor Arancio
avec
Florent Chapellière, François Deblock, Vianney Ledieu, Camille Voitellier et Jo Zeugma

Edward Hopper, Nighthawks (Les Oiseaux de nuit), 1942

A l’origine de ce spectacle, il y a L’Espèce humaine de Robert Antelme. Récit, poème, essai, témoignage essentiel dont chaque page est la vie même, arrachée, préservée et comme sauvée de l’enfer. Au départ, il y a le besoin de chanter l’épopée d’un revenant. Le besoin de replonger dans le chaudron du XXe siècle pour éclairer le présent. Pas uniquement par un voyage dans les cercles de l’enfer, pas seulement pour dire l’enfermement concentrationnaire.

Dire le retour, le regard, le silence, dire l’effroi des vivants face à cet Orphée mourant.
Le projet est de reconstituer grâce aux récits de deux proches, Dionys Mascolo et Marguerite Duras, l’absence de Robert, l’attente, l’engrenage des événements infimes et gigantesques ayant conduit à son retour, à sa « résurrection » jusqu’à l’écriture.
Trois textes ou fragments de textes – avec, au plateau, cinq artistes : trois acteurs et deux musiciens – pour dire le sauvetage d’un homme et de l’œuvre majeure qui naîtra de cette traversée concentrationnaire ; dire l’extraordinaire récit, à la fois réel et mythologique, d’un homme bon confronté au mal absolu, d’un penseur subissant l’impensé, d’un poète revenu de l’enfer.

Donner à entendre, à rêver, à sentir la puissance de l’affirmation de Robert Antelme que l’être humain ne se catégorise pas, ne se hiérarchise pas, qu’il est et sera toujours l’être humain. Et que ceux qui le nient aujourd’hui préparent les camps de demain, comme ceux qui l’ont nié hier font les camps contemporains.

Il s’agit peut-être surtout de chanter la puissance de l’Amitié, de ces liens de fraternité et d’amour qui permettent à l’homme de se sauver, d’être sauvé de son propre enfer. Cette histoire vaste et puissante est aussi celle du sauvetage d’un homme par sa femme et son meilleur ami qui, après la douleur et l’angoisse de l’attente, vont déployer tous leurs moyens pour le ramener à la vie.

Dire enfin, dans cette période contemporaine si fragile et changeante, l’immense capacité de dépassement et de métamorphose de l’être humain, dont il aura sans aucun doute besoin pour faire face aux défis de l’avenir.

Le plateau

Dans un espace qui pourrait être sur une route, une station essence quelque part, zone frontière, lieu de passage et de traversée. Un motel. Derrière une grande vitre : un bar, des tables. Dehors, une voiture en panne. Espace fixe ? Tournant ? Comme un engrenage dont on verrait à la fois les rouages, la mécanique en action et l’ouvrage achevé.
Nous sommes dans un espace contemporain susceptible d’évoquer le camp, la route, l’usine, l’église et le poêle, le baraquement, le retour en voiture, un bistrot sur la route, autant que le 5, rue St-Benoît à Paris. Sans être dans la recherche d’une représentation réaliste mais plutôt de correspondances poétiques, d’associations libres laissant toute sa place à l’imagination du spectateur.
Les occupants de la voiture attendent et racontent le récit de l’évasion, du sauvetage d’Antelme. Qui sont-ils ? Scénaristes en train de construire une fiction, chercheurs, historiens, philosophes ? La question reste ouverte. Dans le bar, un pianiste et un violoniste. Cinq êtres qui se répondent, entre texte et chants, et tissent le récit d’une même histoire.

La musique

Ce récit est un chant où le tragique, l’espérance et la joie trament ensemble la toile de fond. La musique est partout. Elle structure les séquences, racontent les états, soutient les suspens. Elle relie, apaise et sauve du silence et du chaos. Au plateau, un petit orchestre avec piano, violon, flûte traversière, contrebasse, guitare, clavier et chant lyrique. Nous allons explorer différents répertoires en résonance avec le récit.